Conférence du District 2130 sur les métiers en pénurie au Wintercircus de Gand

Transformer la pénurie
en opportunités

La liste des métiers en pénurie s'allonge d'année en année. En Flandre, le VDAB (équivalent du Forem wallon) en recense actuellement 251 ! À l'invitation de la commission de district Action professionnelle et Éthique, près de 100 Rotariens du D 2130 se sont penchés sur cette question le 8 novembre dernier, lors d'un évènement interactif au Wintercircus de Gand.

Comme on le sait, les métiers en pénurie apparaissent lorsque la demande pour certains profils dépasse l'offre disponible, souvent en raison du vieillissement de la population, des évolutions technologiques ou d'un afflux insuffisant vers certaines formations. Ceci conduit à des pénuries de personnel, à une charge de travail accrue et à une qualité ou une continuité réduite pour certains services. Les employeurs doivent dès lors fournir davantage d'efforts pour trouver du personnel (salaires plus élevés, parcours de formation supplémentaires, recrutement de travailleurs étrangers...).

Les coprésidents de commission Frieda Mahieu et Dominiek De Leersnyder ont rappelé que certaines entreprises recherchent désespérément des collaborateurs motivés alors que des talents restent sous-utilisés, voire non utilisés. 'Un problème qui touche non seulement l'économie, mais aussi la société dans son ensemble. Au cours de cette réunion, nous allons partager nos points de vue, échanger nos expériences et rechercher des solutions. En tant que Rotariens, nous sommes convaincus que nous pouvons faire bouger les lignes.'

Constatant qu'il s'agit là d'une matière complexe, trop souvent indûment simplifiée, Freddy Van Malderen (directeur VDAB Flandre-Orientale) part de quelques éléments factuels : en Région flamande, le taux d'emploi des personnes âgées de 20 à 64 ans se situe actuellement juste en dessous de 78%, et 2,5% perçoivent une allocation de chômage. Les autres, soit près de 20%, sont étudiants, hommes ou femmes au foyer, ou encore inaptes au travail. La Flandre-Orientale compte environ 53.000 demandeurs d'emploi. Le fait qu'ils ne trouvent pas de travail est largement dû à des facteurs qualitatifs : manque d'expérience adéquate et/ou de formation, conditions de travail spécifiques rendant certains secteurs peu attractifs...

Débat avec les experts sur les métiers en pénurie

Du côté de la demande, on observe que le nombre d'offres d'emploi diminue ces derniers mois (à l'exception toutefois du port de Gand et de celui du Waasland). 'Dans ce contexte, nous parlons du "taux de tension" : combien de demandeurs d'emploi pouvons-nous proposer pour chaque offre ? Actuellement, ce chiffre est de 3,45 alors qu'il devrait idéalement être de 7 ou 8. Conséquence : on est moins regardant quant aux compétences réelles, aux diplômes nécessaires pour exercer correctement la fonction.'

Viennent ensuite quelques témoignages de terrain présentés par Caroline Van de Velde, CEO de Wienerberger Belgium. Le producteur de briques et de tuiles emploie environ 1.500 personnes dans notre pays. 'Nous sommes constamment à la recherche de nouveaux collaborateurs, à tous les niveaux. Nous avons de plus en plus l'impression que le vivier dans lequel nous puisons se tarit, ce qui nous oblige à consacrer beaucoup plus d'énergie au recrutement et à la formation interne. Les candidats sont eux aussi conscients de la pénurie sur le marché du travail, ce qui joue naturellement un rôle lors des négociations d'embauche.' Pour certains profils techniques, Wienerberger recrute en Inde et au Maroc. De quoi provoquer certaines difficultés : acceptabilité sur le lieu de travail et auprès des syndicats, barrière linguistique, différences culturelles et, surtout, une lourde charge administrative liée à ces recrutements.

Sander Thorrez (EdtechStation) nous montre comment la digitalisation peut constituer une partie de la solution -- pas forcément en supprimant des postes, mais plutôt dans un contexte d'apprentissage. Un bon exemple est les modules de formation TEO, qui aident les entreprises à découvrir et développer les talents techniques. L'accent est moins mis sur la formation ou le CV que sur la motivation et la capacité d'apprentissage. Une condition essentielle pour déployer avec succès n'importe quelle technologie est d'impliquer les travailleurs dès le début du processus d'implémentation. Des expériences utilisateurs positives et une technologie conviviale sont non seulement essentielles pour la mise en œuvre, mais elles stimulent également une culture d'innovation et d'apprentissage sur le terrain.

Lors d'un débat réunissant ces trois experts, rejoints par le Rotarien Frederik D'hulster (directeur Hogeschool West-Vlaanderen) et le DG 2130 Etienne Verhasselt, une foule d'autres sujets sont abordés. Par exemple, l'enseignement. Il pourrait être judicieux de transférer certaines filières scientifiques exigeantes -- menant par exemple à des études d'ingénieur -- vers les écoles techniques, qui souffrent encore d'un problème d'image. En Suisse, les jeunes effectuent un stage en entreprise avant de faire leur choix d'études définitif. Pourquoi pas ici ? Freddy Van Malderen se montre partisan d'un 'rapport de compétences', sorte d'aperçu des forces et faiblesses d'un individu dès l'âge préscolaire.

Le public, lui, attire l'attention sur la position des 55+ sur le marché du travail. Des recherches montrent que la discrimination liée à l'âge est bien réelle dans les processus de recrutement : les candidats plus âgés reçoivent nettement moins d'invitations à un entretien. Des critiques sont également émises concernant la suppression récente de la septième année de l'enseignement professionnel. Cette année supplémentaire de spécialisation et de pratique préparait mieux les jeunes au marché du travail. Dès lors, on craint que les jeunes diplômés soient moins 'prêts à l'emploi' ou qu'ils entament une formation de niveau supérieur avec un bagage insuffisant.

Participants Rotariens lors de l'évènement sur les métiers en pénurie

Que peut entreprendre le Rotary dans ce domaine ? Quelques propositions :

  • Sensibiliser autour du thème des métiers en pénurie. De nombreux Rotariens recherchent des collaborateurs dans leur activité professionnelle. Nous pouvons donc apprendre les uns des autres.
  • Pourquoi ne pas ajouter, sur la page POLARIS du district, une rubrique 'Rotariens à la recherche d'un emploi' ?
  • Accompagner et mentorer les jeunes talents.
  • Faire du lobbying auprès des décideurs politiques.
  • Développer des projets tels que Rotary & Avenir, Sciences et Techniques. Dans ce cadre, les Rotariens accueillent des groupes scolaires pour une visite d'entreprise et/ou un atelier, afin de susciter l'intérêt des enfants pour les métiers techniques.
  • Collaborer avec des initiatives telles que TAJO, une organisation qui vise à renforcer les jeunes vulnérables par le développement des talents, la motivation et l'accompagnement.
  • Redonner vie à la tradition des Opérations Carrières, où les Rotariens et leurs contacts aident les jeunes dans leur choix d'études en leur parlant de leur profession.

L'évènement a en tout cas montré clairement que le défi des métiers en pénurie dépasse largement la simple question de remplir des postes vacants. Il touche à l'enseignement, aux politiques publiques, à la technologie, au développement des talents et à notre manière de considérer le travail et les travailleurs. Malgré la complexité, le débat a fait apparaître une forte volonté de collaborer et d'assumer des responsabilités. Le Rotary peut jouer un rôle de liaison à cet égard. La commission Action professionnelle et Éthique publiera prochainement une série de recommandations concrètes.

Steven Vermeylen / D.C.