Deux moyens seulement existent pour rejoindre le village inuit de Natuashish, au Labrador (Canada) : l’avion ou, durant les mois d’été, le bateau en remontant la côte. Aucune route digne de ce nom ne permet de relier la communauté d’un millier d’habitants aux villes plus peuplées du sud. Cet isolement réduit l’accès aux soins pour certains patients, particulièrement ceux ayant besoin d’une dialyse.
La dialyse est une méthode d’épuration du sang à laquelle on recourt en cas d’insuffisance rénale. Le Labrador ne disposant pas de centre dédié, les personnes atteintes doivent partir pour suivre leur traitement vital, explique Mallory Peddle, infirmière spécialisée de la région. ‘Certains doivent passer de longues périodes loin de leur famille, parfois même pour subir des traitements de fin de vie... Ils vivent un sérieux choc culturel, car ils ont toujours baigné dans leur culture, au sein de communautés rurales très isolées, et on leur demande subitement de tout quitter.’ Mais grâce à l’aide de Rotary clubs, la situation commence à s’améliorer, avec l’arrivée dans la région de machines de dialyse mobiles.
Le premier habitant de Natuashish à utiliser ce type d’engin (acheté grâce à une subvention mondiale) a pu rester chez lui tout en suivant son traitement. Il avait auparavant dû déménager pour faire de fréquentes dialyses, mais il a eu la chance de revenir et d’utiliser le nouvel équipement pendant plusieurs mois avant son décès. Sa fille affirme n’avoir jamais vu son père aussi heureux. ‘Il allait à la pêche et était entouré de ses proches’, se souvient Mallory Peddle, qui a aidé la famille à utiliser la machine.
Les appareils à dialyse utilisent une solution spéciale, ce qui est très pratique dans les régions n’ayant pas un accès direct à l’eau
‘Ce fut également une réussite particulière pour les Rotariens et toutes les personnes ayant participé à cette initiative’, déclare Mike Spurrell, ancien président du Rc Happy Valley-Goose Bay, l’un des clubs parrains. ‘Les patients n’ont plus à quitter leur famille, ce qui leur apporte du réconfort alors qu’ils doivent suivre des traitements épuisants plusieurs fois par semaine.’
Les machines achetées par l’intermédiaire du Rotary sont non seulement portables, mais elles permettent également de remédier à un autre problème qui limite souvent le recours à la dialyse dans les zones reculées : un approvisionnement en eau insuffisant. Elles n’utilisent en effet pas d’eau mais une solution alternative qui permet d’épurer le sang tout aussi efficacement.
Les Rotary clubs ont fourni quatre machines et ont assuré la formation du personnel et des patients grâce à deux subventions mondiales d’un montant total de 143.000 US$. ‘Deux appareils se trouvent à Natuashish et sont disponibles pour les traitements, tandis que les deux autres sont destinés à la formation et au remplacement’, explique un Rotarien. De son côté, l’Association internationale Grenfell a acheté plusieurs engins pour Sheshatshiu, une autre communauté inuite du Labrador. Le partenaire international pour ces subventions était le Rc Port Angeles dans l’État de Washington, une région qui abrite également des communautés autochtones.
Eugene Hart (au centre), chef de la Première Nation des Inuits Sheshatshiu, discute avec des supporters de l’initiative, notamment la Rotarienne Ann Murakami (à droite)
Afin d’identifier les individus susceptibles de bénéficier d’une dialyse à distance, un outil de sélection a été mis au point, avec comme critères la stabilité du patient, son envie de coopérer, la présence ou non d’un aidant proche, etc.
Les premiers résultats encourageants de ce projet sont de bon augure pour d’autres régions isolées. De ces résultats dépend en effet l’expansion éventuelle du projet. Celui-ci a en tout cas démontré qu’une dialyse peut être mise en place ailleurs qu’à l’hôpital, dans des endroits reculés, évitant aux patients de devoir quitter le confort de leur communauté.
Source : Rotary Canada