Lorsque, en 2014, Anil Srivatsa a donné l'un de ses deux reins pour sauver la vie de son frère, il ne pouvait imaginer que ce geste deviendrait le point de départ d'une mission qui allait le conduire dans plus de 70 pays, à la rencontre de centaines de Rotary clubs, d'établissements scolaires et autres centres communautaires. Avec un seul objectif : convaincre les gens de dire 'oui' au don d'organes.
Dix ans plus tard, ce Rotarien originaire de Bangalore était toujours sur la route. À l'été 2024, il a parcouru l'Europe et le Royaume-Uni pour aller à la rencontre des gens (pas uniquement des Rotariens) et déconstruire les préjugés autour du don d'organes en partageant son histoire édifiante.
L'engagement d'Anil trouve son origine dans une épreuve personnelle : son frère aîné, neurochirurgien, souffrait d'une insuffisance rénale et seule une greffe pouvait lui sauver la vie. Sans hésiter, Anil s'est proposé comme donneur. L'opération fut un succès et a changé sa vie à jamais. 'J'ai sauvé une vie par amour', explique-t-il. 'Aujourd'hui, j'utilise mes compétences de journaliste et de communicant pour informer et apaiser les peurs qui freinent souvent le don d'organes.'
Anil Srivatsa et son frère Arjun
Cette expérience lui a douloureusement fait prendre conscience de la peur et de la désinformation qui entourent le sujet. Chaque jour, dans le monde, des milliers d'individus meurent après avoir attendu en vain un organe compatible. 'Les personnes sur liste d'attente sont totalement impuissantes', confie-t-il. 'Je l'ai vu avec mon frère. Mais si les familles discutent du don à l'avance, c'est l'amour qui prend le dessus au moment décisif.'
Déterminé à agir, Anil a créé la fondation Gift of Life Adventure (GOLA). Mais au lieu de mener des campagnes depuis son bureau, il a opté pour une approche originale : il parcourt le monde à bord d'un SUV couvert de messages et d'un slogan percutant, voire provocant ('Kidney donors are sexy!') afin de susciter le dialogue. Sa mission est aussi simple qu'ambitieuse : rencontrer un maximum de personnes et leur expliquer comment de nombreuses vies peuvent être sauvées. À ses côtés se trouve son épouse Deepali, institutrice dans le New Jersey. Ensemble, ils visitent Rotary clubs, écoles, centres culturels, etc.
Selon Anil, le don d'organes s'inscrit parfaitement dans les priorités du Rotary : 'Nos membres peuvent – et doivent – jouer un rôle à travers la sensibilisation, le plaidoyer et la philanthropie', affirme-t-il. 'Chacun d'entre nous est un donneur potentiel.' Il souligne également l'impact économique : une greffe de rein sauve des vies mais réduit aussi les coûts considérables des traitements de longue durée, comme la dialyse. Enfin, il se montre favorable au mécanisme 'opt-out' (consentement implicite, comme en Belgique, ndlr), plus simple 'car il permet d'éviter de devoir convaincre chaque individu séparément.' Anil insiste toutefois sur le fait que la législation ne suffit pas : l'éducation en amont est essentielle, et c'est là que le Rotary peut jouer un rôle majeur.
Son lien avec notre organisation remonte à 1984, lorsqu'il a participé au programme Youth Exchange. Par la suite, il a fondé trois Rotary clubs, dont l'un est entièrement dédié à la cause du don d'organes – une première mondiale. Il est aujourd'hui cofondateur et président de l'Amicale d'action Blood and Organ Donation, dont l'objectif affiché est de voir au moins un club axé sur cette thématique dans chaque district. Une ambition qui commence à se concrétiser, notamment au Royaume-Uni.
L'un des plus grands défis est de déconstruire les mythes et préjugés tenaces. Comme dans certaines régions d'Afrique, où l'on craint que le donneur soit affaibli à vie ou que le don post mortem vienne perturber le rite religieux. Le meilleur contre-argument à ces idées reçues est l'état de santé d'Anil : 'Il est tout à fait possible de vivre avec un seul rein. Je traverse des déserts, je gravis des montagnes, et j'ai même participé aux World Transplant Games.'
Anil croit profondément à l'effet boule de neige : 'Si chaque Rotary club parvient à convaincre ne serait-ce que quelques personnes à discuter du sujet et à s'inscrire comme donneurs, l'impact peut être énorme.' Grâce au réseau mondial rotarien, les barrières culturelles et sociales peuvent être surmontées. Les clubs peuvent organiser des réunions d'information, partager des témoignages de donneurs et de greffés, aider les personnes à s'enregistrer...
Source : Dave King (RIBI) et Sarah Van Heerden (Rotary Africa)
En Belgique, le principe du consentement implicite est d'application : tout individu inscrit au registre de la population est automatiquement considéré comme donneur potentiel après son décès, sauf s'il s'y est explicitement opposé de son vivant. Il est possible d'enregistrer son choix – pour ou contre le don d'organes – auprès de sa commune, de son médecin traitant ou en ligne. En pratique, lors d'un décès, la famille est souvent consultée afin de confirmer la volonté du défunt. Une telle déclaration permet alors de rapidement clarifier la situation.