Si vos réunions rotariennes ressemblent à une soirée feutrée où l'on échange des mondanités, la génération Z (ou 'Gen Z') – grosso modo, les jeunes nés à la fin des années 90 – risque fort de passer à autre chose avant même que vous n'ayez le temps de prononcer 'PHF'. Si nous voulons les attirer dans nos clubs, nous devons être prêts à changer certaines de nos pratiques et traditions.
Voici un fait intéressant : globalement, les jeunes ne sont pas indifférents au service et ils veulent trouver un vrai sens à leur vie. Selon une enquête Deloitte de 2023, environ 77 % des représentants de la Gen Z préfèrent travailler avec des organisations qui partagent leurs valeurs.
Je m'appelle Rajdeep Dutta et, d'une certaine manière, le Rotary a toujours fait partie de ma famille : j'ai grandi en voyant mes parents s'y investir, les valeurs et l'éthique du mouvement ont forgé mon éducation, et mon propre parcours a commencé en tant que président fondateur du Rotaract club de Salt Lake Central, en Inde. Or, ces dernières années, je vois des clubs peiner à recruter au sein de la Gen Z.
Ayant passé trois décennies à gérer les relations, les points de vue et les performances de personnes de tout âge à travers différentes organisations, j'ai vu la Gen Z entrer sur le marché du travail. J'ai également une fille de 22 ans, qui m'aide à rester en phase avec mon époque. Voici les observations que j'en retire. Peut-être peuvent-elles être utiles à d'autres clubs...
Rajdeep Dutta (à droite) avec son épouse et sa fille (au centre) lors d'une cérémonie de remise des diplômes à Bangalore
1. Un objectif visible et partageable. La Gen Z ne veut pas seulement 'faire le bien', elle veut en voir l'impact, le mesurer et en parler sur les réseaux. Si vos projets restent enfouis dans des comptes rendus de réunion, vous êtes à côté de la plaque. Mettez donc en avant vos actions et surtout leur impact concret en temps réel, grâce à des récits sur les réseaux sociaux.
2. La flexibilité est la nouvelle norme. Le modèle rotarien traditionnel – réunions fixes, formats stricts, ordres du jour pléthoriques – fonctionnait à merveille… à une autre époque. La Gen Z évolue dans un monde où tout est 'à la demande'. Proposez des opportunités de bénévolat hybride et de 'micro-bénévolat'. Tentez de susciter l'adhésion sur base d'un projet, de recruter grâce à la sympathie pour une cause. Permettez un engagement flexible, libéré de règles d'assiduité trop strictes.
3. Le leadership, c'est maintenant. La Gen Z ne pense pas qu'il faut patienter durant des décennies avant de pouvoir diriger. Elle veut des responsabilités dès le départ. Arrogance ? Non, ambition... Alors, n'ayez pas peur de confier les rênes d'un projet à un jeune. Ne dédaignez pas le mentorat inversé (eh oui, les personnes plus âgées peuvent aussi apprendre de la génération Z !). Après tout, si une personne de 25 ans peut diriger une start-up florissante, elle peut aussi mener à bien un projet rotarien.
4. Diversité, équité, inclusion : pas des mots à la mode, mais des principes fondamentaux. La Gen Z rejette le 'tokenisme', cette pratique superficielle consistant à faire un effort symbolique pour intégrer des personnes issues de minorités. Construire une culture inclusive au sein du club, c'est impliquer activement les communautés sous-représentées et leur donner vraiment leur chance. Comme le dit le proverbe : 'La diversité, c'est être invité à la fête ; l'inclusion, c'est être invité à danser.'
5. La technologie n'est pas une option, c'est une nécessité. La Gen Z ayant grandi avec un smartphone entre les mains, vous devrez disposer de plateformes d'intégration et d'engagement fluides et privilégier une communication axée sur le mobile (car pour eux, l'e-mail est quasi préhistorique). Utilisez l'IA et l'analyse de données pour personnaliser l'expérience des membres.
6. La communauté avec un grand 'C'. L'atout du Rotary, c'est qu'il offre quelque chose dont la Gen Z a profondément besoin : le sentiment d'appartenance. Mais il faut le repenser. Favorisez les liens authentiques plutôt que le réseautage transactionnel. Encouragez les interactions informelles (discussions autour d'un café, rencontres sociales...), construisez des communautés autour de passions communes (action climatique, santé mentale, entrepreneuriat...). La génération Z préfère créer des liens plutôt que réseauter. La nuance est importante.
7. Des histoires plus passionnantes qu'un rapport de réunion. Soyons honnêtes : certaines de nos communications sont parfois un peu rigides et manquent d'enthousiasme. La Gen Z, elle, se nourrit de récits, d'authenticité et de proximité. Évitez le jargon rotarien et mettez en avant des parcours individuels au sein du Rotary, avec à la fois de l'humour et de l'authenticité. Ce sont les histoires vraies qui donnent envie de rejoindre le Rotary.
Nul besoin de trahir nos idéaux pour attirer la génération Z, il suffit de les traduire en des termes contemporains. Les valeurs du Rotary – service, leadership, amitié... – sont intemporelles. C'est leur présentation qui a besoin d'une mise à jour.
Source : Rajdeep Dutta (Rc Aarohee, Calcutta, Inde) sur blog.rotary.org