Soirée du Rc Ieper sur le temps d’écran des enfants et les algorithmes, animée par Tom Termote

Grandir avec les algorithmes :
comment protéger nos enfants ?

L’inquiétude concernant le temps passé par les enfants devant les écrans ne fait que croître. Pourtant, selon Tom Termote, expert en éducation aux médias, la solution ne réside pas simplement dans le décompte des heures. ‘Le débat sur le temps d’écran autorisé est en réalité dépassé’, affirme-t-il. ‘Nous devons nous intéresser avant tout au fonctionnement de la technologie et à son impact sur le développement de la jeunesse.’ Le 27 mai, le Rc Ieper organise une soirée d’information sur le sujet.

Tom Termote enseigne la cybersécurité, les réseaux informatiques et la programmation à la haute école VIVES. Il propose également des formations aux étudiants, aux enseignants, aux parents et aux entreprises. Sa mission : donner à chacun des armes contre les pièges du numérique. ‘J’appelle cela : construire le pare-feu humain.’

Selon lui, une grande partie du problème réside dans la conception des applications populaires. Des plateformes comme TikTok, Instagram, Snapchat ou YouTube Shorts sont conçues pour captiver et retenir les utilisateurs le plus longtemps possible. ‘Elles sont terriblement chronophages et ne laissent que très peu de temps pour les activités vraiment enrichissantes’, explique-t-il. ‘De plus, les jeunes ne choisissent plus consciemment le contenu qu’ils regardent. Prenons l’exemple d’Instagram Reels : c’est la plateforme elle-même qui détermine ce qui est présenté et dans quel ordre.’

Ce manque de contrôle, combiné à un temps d’écran excessif, crée une situation problématique. ‘Il y a un net manque de pouvoir d’action de la part de l’utilisateur. Les jeunes sont guidés par des algorithmes qui jouent sur leurs centres d’intérêt, mais aussi sur leurs peurs.’ De quoi rendre les applis addictives. ‘Il faut se rendre à l’évidence : nous ne sommes pas les clients, nous sommes le produit. Les entreprises collectent un maximum de données personnelles pour diffuser des publicités ciblées.’

Il est déjà difficile pour les adultes de déjouer ces mécanismes, alors imaginez pour les enfants. L’essor des vidéos courtes, en particulier, représente un risque. ‘Les contenus courts, où une nouveauté apparaît toutes les 15 à 20 secondes, sont particulièrement problématiques. On n’a pas le temps de réfléchir ni d’analyser la situation de manière critique.’ Selon Tom, cela a des conséquences sur la capacité d’attention et la régulation émotionnelle de l’utilisateur. ‘Tout s’enchaîne à une vitesse fulgurante et se déverse sur le cerveau d’un enfant encore en plein développement.’

Tom Termote, expert en éducation aux médias et formateur à la haute école VIVES

Tom Termote

Les effets à long terme restent encore flous. Tom Termote cite les travaux du neuropsychiatre Theo Compernolle, qui affirme qu’il est difficile de mener des recherches rigoureuses car il serait contraire à l’éthique de constituer un groupe témoin d’ados qui vivraient sans aucun smartphone durant une longue période.

Néanmoins, Tom ne se dit pas opposé aux réseaux sociaux. ‘Je n’ai en soi rien contre eux. Ce qui me dérange, ce sont les mécanismes néfastes que les entreprises y intègrent délibérément pour maximiser leurs profits.’ D’où ces limites claires qu’il a fixées : ‘Avant ses 16 ans, ma fille n’aura aucun accès à des fonctionnalités comme TikTok For You, Instagram Reels ou YouTube Shorts.’

Par contre, lors de ses formations, Tom n’aborde que rarement la question du nombre d’heures passées devant les écrans : ‘Je préfère mettre en lumière les autres soucis, et alors les parents tirent eux-mêmes leurs conclusions.’ Il préconise une approche personnalisée en fonction de l’enfant, de la situation et du moment de la journée : ‘Une règle fixe comme "maximum deux heures par jour" ne convient pas à tous les jeunes utilisateurs.’ Et, bien sûr, il encourage les alternatives : accepter l’ennui, jouer dehors, lire et reporter le plus longtemps possible l’utilisation des écrans. ‘Les enfants doivent apprendre à s’occuper seuls. C’est essentiel à leur développement.’

Tom Termote anime un atelier d’éducation aux médias auprès de jeunes utilisateurs

Tom insiste sur l’importance de fixer des limites claires : ‘De nombreux conflits naissent du fait que les parents se comportent davantage comme des amis que comme des éducateurs. Or, les enfants ont besoin de structure.’ Il met également en garde contre une trop grande précocité : ‘Un premier smartphone à 12 ans et un accès immédiat à toutes les applications, c’est vraiment chercher les ennuis. Il faut y aller progressivement.’ Et en cas de réaction agressive lorsqu’on demande d’arrêter, il vaut mieux adopter une approche cohérente, comme ‘une interdiction d’écran pendant un mois, sans discussion. Vous n’aurez pas à le faire dix fois. Les limites doivent être claires.’

Enfin, Tom Termote met aussi en garde contre le comportement des parents. ‘S’ils ont les yeux constamment rivés sur leurs écrans, même pendant le repas, qu’ils ne soient pas surpris de voir leur progéniture les imiter... Pour moi, c’est aucun écran à table, point. L’interaction est essentielle au développement de l’enfant. Mais il ne faut pas se contenter d’interdire et de fixer des limites, il faut avant tout savoir guider son enfant. Car le monde numérique fera de toute façon partie de sa vie.’