Elle-même a été diagnostiquée d’un cancer agressif au sein alors que ses enfants étaient à l’école primaire. Cinq ans plus tard, Tania Braekers, avec le soutien du Rc Zonhoven, lance des kits pédagogiques afin d’aider à aborder le sujet en classe.
Lorsque, en 2021, Tania Braekers (44 ans) est diagnostiquée d’un cancer du sein agressif, ses enfants, Fien et Joppe, sont encore à l’école primaire. S’ensuit un parcours difficile : vingt semaines de chimiothérapie, une double mastectomie et une longue convalescence. Aujourd’hui guérie, elle n’en garde pas moins un contrecoup psychologique : ‘Pas un jour ne passe sans que je pense au cancer’, confie Tania. ‘Les gens voient que vous avez bonne mine et pensent que tout est derrière vous. Mais la fatigue et les séquelles émotionnelles persistent.’
C’est pendant son traitement qu’elle constate à quel point il est difficile, pour les bambins, d’aborder le sujet du cancer. Alors, elle se rend elle-même dans la classe de ses enfants pour expliquer pourquoi elle perd ses cheveux, pourquoi elle est si souvent malade. Les enseignants, eux, font de leur mieux mais disposent de très peu d’outils pour faciliter la discussion...
En outre, les réactions des camarades de classe marquent profondément Tania : un tel annonce que sa grand-mère est décédée d’un cancer, un autre sa tante, un autre encore son voisin... ‘Le cancer est instinctivement associé à la mort. Pourtant, c’est aussi et surtout une histoire de combat et de survie. Certains élèves n’osaient même plus venir chez nous car ils pensaient que la maladie est contagieuse’, se souvient Tania.
C’est ce type de vécu qui est à l’origine de la ‘Snuiterkoffer’, une initiative lancée le 20 mai par Tania, en collaboration avec l’hôpital Jessa de Hasselt et l’asbl Talismanneke, avec également le soutien du Rc Zonhoven. Il s’agit d’une valise remplie de divers outils pour aider les enseignants à aborder la discussion en classe : mascotte, doudous, différents livres d’histoires, ‘bonnet chimio’, cartes permettant aux bambins d’exprimer leurs émotions...
‘Les jeunes ont souvent du mal avec ça’, explique Tania. ‘Sur les cartes, ils peuvent exprimer leurs sentiments par écrit : inquiétude, tristesse, peur, soulagement... Cela peut servir de point de départ à une conversation.’ La particularité des doudous colorés est qu’ils sont munis d’une fermeture éclair dans laquelle les enfants peuvent ‘poster’ des lettres contenant leurs inquiétudes. ‘Ils ont été confectionnés par ma mère et par des bénévoles’, indique Tania. ‘Le but pour les enseignants est de vérifier régulièrement la présence d’un petit mot... et de réagir en conséquence.’
Une boîte de mouchoirs portant le message ‘N’hésite pas à pleurer’ fait également partie du dispositif. ‘Les enfants ont le droit d’extérioriser leur tristesse’, souligne Tania. ‘En réalité, cela vaut aussi pour les adultes. On a souvent tendance à dire : "Tu as bonne mine", sans trop se soucier de ce que ressent la personne en face de soi.’
Au total, quelque 80 valises ‘Snuiterkoffers’ ont déjà été assemblées. Distribuées par les hôpitaux du Limbourg, elles peuvent être prêtées aux écoles lorsqu’un élève est confronté à la maladie grave d’un parent, d’un frère ou d’une sœur. Avec ce projet, Tania souhaite avant tout transmettre un message : parler, ça aide. ‘Les enfants ressentent quand quelque chose ne va pas, même si on ne leur dit rien. Il vaut donc mieux rester ouvert, leur parler et leur donner les outils adéquats. J’espère que, grâce aux valises, le cancer ne sera plus un tabou mais un sujet dont les enfants peuvent parler en toute sécurité.’